Vernissage de l’exposition sur les « zoos humains », intervention d’Alain Lhostis

Lundi 9 décembre, en présence de Lilian Thuram, Président de la fondation Education contre le racisme, de Pascal Blanchard, historien, et de Rémi Féraud, Maire du 10e arrondissement, Alain Lhostis est intervenu sur le sens de son investissement pour la tenue de cette exposition.

« Nous vivons un moment très fort, avec la disparition de Nelson Mandela. Madiba, comme on l’appelle en Afrique du Sud. J’ai en effet eu l’occasion dans le cadre de ma mission pendant le mandat précédent, avec Bertrand Delanoë et l’adjoint en charge des relations internationales, de monter des projets en Afrique sur le SIDA. Et je me suis rendu à Soweto,  pour inaugurer l’ouverture d’un centre de dépistage du SIDA financé par la ville de Paris. J’ai un souvenir extraordinaire de ce centre de santé, où commençait à s’opérer le dépistage du SIDA. En prenant la parole devant plusieurs centaines de Sud-Africains j’ai rappelé mon émotion au moment de la libération de Mandela. Un moment que ceux qui se battaient contre le racisme et le colonialisme attendaient avec tant d’espérance.

Un moment pourtant très récent. L’apartheid était encore en vigueur il y a une vingtaine d’années. Tout le monde peut pratiquement toucher cela de la main. Et moi, qui ai déjà un certain âge, à qui on apprenait encore l’Afrique Occidentale Française, l’AOF, à l’école. Tout cela est encore très présent. La lutte contre le colonialisme et contre le racisme fait partie de mon histoire.

Lorsque j’ai lu dans la presse qu’il y avait cette grande exposition au quai Branly à propos des zoos humains, j’ai vu apparaître un nom que je ne connaissais pas, Pascal Blanchard. Celui-ci interpelait le conseil de Paris, en demandant pourquoi Paris ne témoignait pas de pas ces événements. Je l’ai rencontré, pour lui dire qu’à mes yeux  ce n’était pas possible au vu de l’engagement de la nouvelle majorité à Paris contre le racisme. Nous avons donc repris le dossier, et les choses se sont rapidement dénouées avec Claudine Bouygues et Catherine Vieu-Charier, les deux adjointes au Maire qui ont suivi ce dossier. Nous avons pu implanter trois plaques qui marquent ce souvenir, que nous avons inaugurées ensemble au mois de juin, avec Anne Hidalgo. Une notamment à l’entrée du jardin d’acclimatation. Une plaque en souvenir des kanaks qui avaient été exposés comme des animaux. Et je salue mon amie Sylvette Kaloïe, qui est ici, dont le papa, vous avez une photo de lui dans l’exposition, était un de ces kanaks. Nous nous sommes rencontrés il y a quelques mois et j’en suis très heureux. J’ai souhaité qu’elle soit là. Je crois qu’elle est très heureuse d’être avec nous. Nous te saluons Sylvette, hommage à ton père et aux siens.

Une autre plaque été apposée pas très loin de notre mairie d’arrondissement, rappelant qu’il y avait des hommes, et notamment Aragon, ainsi que des militants syndicaux et politiques, qui à l’époque ont tenté de s’opposer. C’est cette plaque qui a été apposée avenue Mathurin-Moreau. Enfin, une troisième plaque a été apposée dans le 12e arrondissement, là où est implantée aujourd’hui la Cité nationale de l’histoire de l’immigration.

Comme cette exposition est portée par la Fondation Thuram, j’ai aussi eu l’occasion de rencontrer quelqu’un d’exceptionnel, Lilian Thuram. Il m’a offert son livre, Les étoiles noires. Un livre à lire absolument. Je lui ai fait un seul reproche, c’est l’absence de « mon » étoile noire, Angela Davis. Nous en avons convenu avec Lilian, elle a toute sa place dans ce Panthéon.

La mairie du 10e a souhaité présenter en mairie d’arrondissement une exposition itinérante, sorte de résumé de celle du quai Branly. Nous avons tenu, avec l’équipe municipale, à associer les habitants de l’arrondissement, les collèges, les associations de quartier. Il y avait d’ailleurs déjà cet après midi les jeunes d’un collège venus avec leurs enseignants d’histoire. Je me permets une incidente personnelle.

Je vous conseille  la lecture d’un livre, qui vient de recevoir un prix, La saison de l’ombre de Leonora Miano. C’est un livre extraordinaire sur le début de la traite noire, et qui est un roman absolument puissant et fabuleux.

Pour clore ce propos, je donne la parole à Lilian Thuram. Il se trouve que Lilian a été il y a quelques jours rédacteur en chef d’un jour du journal, L’Humanité. Il disait dans ce journal : « Le racisme avait-il disparu avant les attaques contre Christiane Taubira ? Non. La hiérarchie qui existe entre les personnes selon la couleur de la peau n’est pas une nouveauté. Certains hommes pensent que les femmes doivent être à leur service, certains hommes de couleur blanche veulent garder les hommes de couleur non blanche en infériorité. La grande majorité d’entre-nous sommes dans l’hypocrisie totale face au racisme. Pour avancer, il faut arrêter de fermer les yeux, arrêter d’être complice. » Merci Lilian, c’est ce que nous allons continuer à faire, avec cette exposition et bien sur dans d’autres initiatives et surtout naturellement dans notre vie de tous les jours. Et j’espère que d’autres mairies d’arrondissement reprendront cela, car il est très important que nous regardions ensemble notre histoire commune. »

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La rédaction